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Pardonner
77 fois 7 fois
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Le Dieu de la Bible apparaît comme le Dieu qui pardonne; c'est une affirmation massive et qui s'impose à la foi chrétienne. Cela signifie tout simplement que pour Dieu la personne ne se réduit pas à l'acte qu'elle a posé, que Dieu croit que l'homme est toujours susceptible de se convertir, qu'un changement est toujours possible en lui. En fait on signifie par là que Dieu croit en l'homme, qu'il croit que l'homme n'est pas identifié aux actes qu'il commet, et qu'il est plus que ce qu'il fait, plus que ce qu'il apparaît. il Notre tentation est toujours de coller des étiquettes sur nos semblables, et sur nous-mêmes parfois ; ce n'est pas le cas de Dieu qui pardonne parce qu'il voit le cœur, le fond de l'homme, tout ce que nous ne voyons pas.
Il n'est de pardon que dans la vérité : si l'autre refuse de reconnaître son erreur, s'il refuse de prendre les moyens de changer, et bien souvent ce sont des moyens d'ordre psychologique car il lui faut reconnaître qu'il y a en lui quelque chose de faussé, alors le pardon perd sa signification profonde. Au lieu d'être un magnifique louis d'or, il devient une pièce en alu que l'on jette en pâture à l'autre.
Il existe des violeurs multirécidivistes, des hommes battant leur femme et recommençant sans cesse... doit-on leur refuser le pardon ? Doit-on donner un pardon naïf dont on sait qu'il devra être suivi indéfiniment d'autres pardons ? que signifie alors pardonner ? dans ce cas pardonner signifie qu'on croit que l'autre peut quand même changer, qu'il reste une chance ; il n'empêche cependant que pour lui redonner sa confiance, il faut attendre qu'il ait reconnu et modifié son comportement. L'évangile dit qu'il faut pardonner 77 fois ; si une femme battue régulièrement par son mari lui dit chaque fois " je te pardonne ", mais sans exiger de lui qu'il modifie son comportement par un traitement psy, n'est ce pas l'encourager à recommencer indéfiniment ? et dans ce cas ne devient-elle pas complice ? Mais d'autre part, si je lie mon pardon au fait que l'autre fait une démarche concrète, ne vais-je pas le limiter de façon abusive ?
On peut répondre à cela en remarquant que Jésus en Croix n'a pas dit " je te pardonne ", mais " Père, pardonne leur ". Jésus n'avait en face de lui aucune demande de pardon, aucune conscience de mal agir, aucune reconnaissance d'un mal commis. Au contraire tous ceux qui ont contribué à le condamner étaient convaincus de travailler pour Dieu, pour la vérité (sauf Judas peut-être, mais lui non plus n'a pas demandé pardon). Vient un moment où l'homme ne peut pas dire " je te pardonne ", (ce peut être parce qu'il n'y a pas de demande de pardon en face, ou parce que la demande de pardon n'est pas suivi du chemin de vérité et de conversion qui s'impose, ou tout simplement parce que l'autre a disparu ou est mort sans avoir pu faire cette demande) mais alors il peut toujours demander à Dieu de le faire. C'est comme s'il disait : actuellement je ne peux pas pardonner car il me semble que des éléments fondamentaux font défaut pour qu'un pardon puisse être donné en vérité ; cependant je crois que l'autre ne se réduit pas à ce qu'il a fait, je crois aussi qu'il y a en lui quand même une capacité de changement, de devenir autre, c'est à dire de devenir lui-même, si bien qu'en disant à Dieu : " pardonne lui " j'en prends acte, et je demande à Dieu de travailler le cœur de cet autre afin qu'il puisse effectivement faire le chemin de vérité et de conversion au bout duquel je pourrai donner mon pardon.
Saint Benoît dit dans sa règle qu'il faut haïr le péché, mais aimer celui qui le commet. Dans ce cas aimer l'autre ne veut pas dire qu'on va lui faire des risettes et des bisous, mais qu'on croit qu'il est plus que l'acte qu'il a fait, et qu'il y a en lui une capacité de changement. Mais si cette capacité de changement n'est jamais mise en œuvre, alors viendra un moment où aimer l'autre sera avoir le courage de lui dire : je crois que ta place n'est pas parmi nous.