Nous avons besoin de signes.
Nous avons besoin de rites.
Nous avons aussi besoin de fêtesAu moment où beaucoup d'hommes
s'apprêtent à se réjouir pour le passage au III ° millénaire,
c'est tout cela que le Pape Jean-Paul II vient nous proposer,
par le Jubilé de l'an 2000.
Pour dilater notre vie de disciples de Jésus,
pour nous engager plus fortement à la suite de l'évangile.
JEAN-PAUL
ÉVÊQUE,
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU,
À TOUS LES FIDÈLES EN MARCHE
VERS LE TROISIÈME MILLÉNAIRE,
SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE !
au centre de l'an 2000, le Christ
Les yeux fixés sur le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu, l'Église s'apprête à franchir le seuil du troisième millénaire. Nous n'avons jamais mieux senti que maintenant le devoir de faire nôtre le chant de louange et d'action de grâce de l'Apôtre: " Qu'il soit béni, le Dieu et Père de notre Seigneur, Jésus, le Christ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l'Esprit, au ciel, dans le Christ. [...]
La naissance de Jésus à Bethléem n'est pas un fait que l'on peut reléguer dans le passé. Devant Lui, en effet, prend place toute l'histoire humaine: notre présent et l'avenir du monde sont éclairés par sa présence. Il est " le Vivant " (Ap 1, 18), " Celui qui est, qui était et qui vient " (Ap 1, 4). Devant lui tout genou doit fléchir, au ciel, sur terre et aux enfers, et toute langue doit proclamer qu'il est le Seigneur (cf. Ph 2, 10-11). En rencontrant le Christ, tout homme découvre le mystère de sa propre vie.[...]
signes et rites du jubilé
Au cours de son histoire, l'institution du Jubilé s'est enrichie de signes qui attestent la foi et qui aident la piété du peuple chrétien.
Et le pape de proposer le pèlerinage, l'ouverture de la porte sainte, l'indulgence, l'effort vers la purification de la mémoire et une solidarité plus réaliste
le pèlerinage
avant tout le pèlerinage...De sa naissance à sa mort, chacun est dans la condition, toute particulière, d'homo viator. La Sainte Écriture, pour sa part, atteste à maintes reprises la valeur du fait de se mettre en route pour arriver aux lieux saints[...] Jésus, lui aussi, avec Marie et Joseph, se fit pèlerin vers la ville sainte de Jérusalem. L'histoire de l'Église est le journal vivant d'un pèlerinage jamais terminé.
Le pèlerinage a toujours été un moment significatif dans la vie des croyants, tout en revêtant selon les époques des expressions culturelles différentes. Il évoque le cheminement personnel du croyant sur les pas du Rédempteur: c'est un exercice d'ascèse salutaire, de repentance pour les faiblesses humaines, de vigilance constante sur sa propre fragilité, de préparation intérieure à la réforme du cœur. Par la veille, par le jeûne, par la prière, le pèlerin avance sur la voie de la perfection chrétienne, s'efforçant d'atteindre, avec le soutien de la grâce de Dieu, " l'état d'Homme parfait, la plénitude de la stature du Christ " (Ep 4, 13).
la porte sainte
Le pèlerinage est accompagné du signe de la porte sainte, ouverte pour la première fois à la basilique Saint-Sauveur du Latran durant le Jubilé de 1423. Elle évoque le passage que tout chrétien est appelé à effectuer du péché à la grâce. Jésus a dit: " Moi, je suis la porte " (Jn 10, 7), pour montrer que personne ne peut accéder au Père sinon par lui[...]
la porte rappelle la responsabilité qu'a tout croyant d'en franchir le seuil. Passer par cette porte signifie professer que Jésus Christ est le Seigneur, en raffermissant notre foi en lui pour vivre la vie nouvelle qu'il nous a donnée. C'est une décision qui suppose la liberté de choisir et en même temps le courage d'abandonner quelque chose, sachant que l'on acquiert la vie divine (cf. Mt 13, 44-46).
C'est dans cet esprit que, le premier, le Pape franchira la porte sainte dans la nuit du 24 au 25 décembre 1999. En traversant ce seuil, il montrera à l'Église et au monde le saint Évangile, source de vie et d'espérance pour le troisième millénaire qui vient. À travers la porte sainte, symboliquement plus large au terme d'un millénaire,(13) le Christ nous fera entrer plus profondément dans l'Église, son Corps et son Épouse.[...]
l'indulgence
Un autre signe particulier, bien connu des fidèles, est l'indulgence, qui est un des éléments constitutifs de l'événement jubilaire. En elle se manifeste la plénitude de la miséricorde du Père, qui vient à la rencontre de tous avec son amour, exprimé avant tout par le pardon des fautes.[...]
Le sacrement de la Réconciliation offre au pécheur " une nouvelle possibilité de se convertir et de retrouver la grâce de la justification " obtenue par le sacrifice du Christ. Il est ainsi immergé à nouveau dans la vie de Dieu et dans la pleine participation à la vie de l'Église.[...]
Au pécheur repenti, toutefois, Dieu dans sa miséricorde accorde le pardon du péché grave et la rémission de la " peine éternelle" qui s'ensuivrait. Mais tout péché, même véniel, entraîne un attachement malsain aux créatures, qui a besoin de purification, soit ici-bas, soit après la mort, dans l'état que l'on nomme Purgatoire. Cette purification libère de ce qu'on appelle la "peine temporelle" du péché ; une fois celle-ci expiée, ce qui fait obstacle à la pleine communion avec Dieu et avec les frères est effacé.
D'autre part, la Révélation enseigne que, dans son chemin de conversion, le chrétien ne se trouve pas seul. Dans le Christ et par le Christ, sa vie est unie par un lien mystérieux à la vie de tous les autres chrétiens dans l'unité surnaturelle du Corps mystique. Ainsi s'instaure entre les fidèles un merveilleux échange de biens spirituels, en vertu duquel la sainteté de l'un apporte aux autres un bénéfice bien supérieur au dommage que le péché de l'un a pu causer aux autres. [...] L'amour surabondant du Christ nous sauve tous. Néanmoins, cela fait partie de la grandeur de l'amour du Christ [...]de nous impliquer dans son action salvifique, et en particulier dans sa passion. C'est ce que dit le passage bien connu de la lettre aux Colossiens: " Je complète ce qui manque aux souffrances du Christ en ma chair pour son Corps, qui est l'Église " (1, 24).[...]
Tout vient du Christ, mais parce que nous lui appartenons, tout ce qui est nôtre est aussi à Lui et acquiert une force qui guérit. C'est ce qu'il faut comprendre quand on parle de " trésor de l'Église " que constituent les bonnes œuvres des saints. Prier pour obtenir l'indulgence signifie entrer dans cette communion spirituelle et donc s'ouvrir totalement aux autres. En effet, personne ne vit pour soi-même, dans le domaine spirituel aussi. Et la salutaire préoccupation pour le salut de son âme n'est libérée de la crainte et de l'égoïsme que si elle devient préoccupation également pour le salut de l'autre.[...]
la purification de la mémoire
Comme Successeur de Pierre, je demande que, en cette année de miséricorde, l'Église, forte de la sainteté qu'elle reçoit de son Seigneur, s'agenouille devant Dieu et implore le pardon des péchés passés et présents de ses fils.[...]
Les chrétiens sont invités à prendre en charge, devant Dieu et devant les hommes offensés par leur comportement, les fautes qu'ils ont commises. Qu'ils le fassent sans rien demander en échange, forts du seul " amour de Dieu [qui] a été répandu dans nos cœurs " (Rm 5, 5).
la charité et la solidarité
Il y a un signe de la miséricorde de Dieu qui est aujourd'hui particulièrement nécessaire: la charité, qui ouvre nos yeux aux besoins de ceux qui vivent dans la pauvreté et dans la marginalité. Ce sont là des situations qui s'étendent aujourd'hui sur de vastes secteurs sociaux et qui couvrent de leur ombre de mort des peuples entiers.
Beaucoup de pays, spécialement les plus pauvres, sont opprimés par une dette qui a pris des proportions telles qu'elles rendent pratiquement impossible leur remboursement. Il est clair, par ailleurs, que l'on ne peut atteindre un progrès réel sans la collaboration effective entre les peuples de toute langue, race, nationalité et religion. Il faut éliminer les violences qui engendrent la domination des uns sur les autres: il y a là péché et injustice. Celui qui ne cherche à amasser des trésors que sur la terre (cf. Mt 6, 19) ne peut " s'enrichir en vue de Dieu " (Lc 12, 21).
Il est nécessaire de créer une nouvelle culture de solidarité et de coopération internationales, où tous - spécialement les pays riches et le secteur privé - assument leur responsabilité à travers un modèle d'économie qui soit au service de chaque personne. Il ne faut pas remettre encore une fois à plus tard.[...]
la mémoire des martyrs
La mémoire des martyrs est un signe permanent, mais aujourd'hui particulièrement éloquent, de la vérité de l'amour chrétien. Il ne faut pas oublier leur témoignage. Ils ont annoncé l'Évangile, donnant leur vie par amour. Le martyr, surtout de nos jours, est signe du plus grand amour qui récapitule toutes les autres valeurs.[...]
Ce siècle lui-même, qui arrive à son terme, a connu de très nombreux martyrs, surtout à cause du nazisme, du communisme et des luttes raciales ou tribales.[...]C'est pourquoi, partout sur la terre, l'Église devra rester attachée à leur témoignage et défendre jalousement leur mémoire. Puisse le peuple de Dieu, raffermi dans sa foi par les exemples de ces modèles authentiques de tous âges, de toutes langues et de tous pays, franchir avec confiance le seuil du troisième millénaire! Qu'à l'admiration pour leur martyre soit joint, dans le cœur des fidèles, le désir de pouvoir, avec la grâce de Dieu, suivre leur exemple si les circonstances l'exigent!
Marie est avec nous
La joie du Jubilé ne serait pas complète si le regard ne se tournait vers Celle qui, dans la pleine obéissance au Père, a engendré pour nous dans la chair le Fils de Dieu.[...]Que Celle qui, avec son fils Jésus et son époux Joseph, alla en pèlerinage vers le temple saint de Dieu, protège la route de ceux qui se feront pèlerins en cette année jubilaire! Qu'elle veuille bien intercéder avec une intensité particulière durant les mois prochains pour le peuple chrétien, afin qu'il obtienne l'abondance de la grâce et de la miséricorde, tandis qu'il se réjouit des deux mille ans écoulées depuis la naissance de son Sauveur!
la célébration
Toute année jubilaire est comme une invitation à la célébration de noces. Nous accourons tous, des diverses Églises et Communautés ecclésiales répandues à travers le monde, vers la fête qui se prépare; nous apportons ce qui nous unit déjà, et le regard fixé uniquement sur le Christ nous permet de croître dans l'unité qui est le fruit de l'Esprit. Comme Successeur de Pierre, l'Évêque de Rome est ici pour renforcer l'invitation à la célébration jubilaire, afin que l'échéance bimillénaire du mystère central de la foi chrétienne soit vécue comme un chemin de réconciliation et comme un signe d'espérance authentique pour ceux qui regardent le Christ et son Église, sacrement " de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain ".[...]
dans les églises particulières
Ce sera un événement que l'on célébrera en même temps à Rome et dans toutes les Églises particulières répandues à travers le monde, et il aura pour ainsi dire deux centres: d'une part, la Ville où la Providence a voulu placer le siège du Successeur de Pierre, et d'autre part la Terre Sainte, où le Fils de Dieu s'est fait homme, prenant chair d'une Vierge nommée Marie.[...]
les rites
Je décrète donc que le grand Jubilé de l'An 2000 commencera dans la nuit de Noël 1999, par l'ouverture de la porte sainte de la basilique Saint-Pierre du Vatican, qui précédera de quelques heures la célébration inaugurale prévue à Jérusalem et à Bethléem, ainsi que l'ouverture de la porte sainte dans les autres basiliques patriarcales de Rome. Pour la basilique Saint-Paul, l'ouverture de la porte sainte est reportée au mardi 18 janvier, au début de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, afin de souligner aussi de cette façon le caractère œcuménique particulier qui marquera ce Jubilé. Je décrète en outre pour les Église particulières que l'inauguration du Jubilé sera célébrée le jour très saint de la Nativité du Seigneur Jésus, par une Liturgie Eucharistique solennelle présidée par l'Évêque dans sa cathédrale.[...]
appel à tous les croyants
Avec la même dignité et la même importance, le Jubilé sera donc célébré non seulement à Rome mais dans la Terre appelée à juste titre " sainte " parce qu'elle a vu naître et mourir Jésus. Cette terre, où est apparue la première communauté chrétienne, est le lieu où Dieu s'est révélé à l'humanité. C'est la Terre promise qui a marqué l'histoire du peuple juif et qui est vénérée également par les fidèles de l'Islam. Puisse le Jubilé favoriser un nouveau pas en avant dans le dialogue réciproque jusqu'à ce qu'un jour tous ensemble - juifs, chrétiens et musulmans - nous échangions à Jérusalem le baiser de paix![...]
À l'occasion de cette grande fête, les fidèles d'autres religions, de même que ceux qui sont éloignés de la foi en Dieu, sont cordialement invités eux aussi à partager notre joie. En frères de l'unique famille humaine, franchissons ensemble le seuil d'un nouveau millénaire qui exigera l'engagement et la responsabilité de tous!
Jean-Paul II