Bonheur et vie Chrétienne

S'il y a un point sur lequel les hommes, malgré leurs différences, se rejoignent, c'est qu'ils désirent tous être heureux. Et si par hasard il s'en trouve un qui a cessé de désirer le bonheur, c'est qu'il est atteint d'une maladie que l'on appelle la dépression, et qui empêche l'homme d'avoir des désirs.

Il est vrai que nous désirons être heureux, que nous le désirons de l'amour le plus ardent, et que c'est à cause de cela que nous désirons tout le reste; il est certain aussi que nous sommes incapables de ne pas désirer la vérité et le bonheur, ainsi que le disait si bien l'écrivain Virgil Gheorghiu :

"Un homme, c'est une créature qui cherche le bonheur. Par essence tout homme, tout au long de sa vie, ne fait que chercher le bonheur. Les saints et les assassins, les voleurs et les bienheureux, les pécheurs et les vertueux, absolument tous les hommes qui ont vécu, vivent et vivront sur la terre ne font qu'une seule chose : ils cherchent le bonheur.

Ce qui différencie les hommes, c'est uniquement la manière, l'endroit et les moyens qu'ils choisissent pour devenir heureux : c'est en cela que le saint est différent de l'assassin, car tous les deux ne font que chercher le bonheur, mais ils le cherchent différemment."

Or quand je lis la Bible, qui est pour moi parole de Dieu, je constate que cette quête du bonheur qui est ancrée si profondément dans le cœur de l'homme s'accorde parfaitement au dessein de Dieu sur lui : dans la Bible le mot "heureux" est sans doute l'un de ceux qui reviennent le plus souvent (à ma connaissance 157 fois dans toute la Bible) : c'est par ce mot que commence le psautier, le livre de prière du peuple juif, devenu aussi le livre de prière du peuple chrétien, c'est le mot clef de l'Evangile dont la charte principale s'appelle "les béatitudes", c'est à dire "comment découvrir et connaître le bonheur".

Et l'on pourrait trouver encore bien des termes équivalents tels que "la recherche du royaume", la" vie éternelle", ou "la vie" tout court, le "salut" et tant d'autres…

Ainsi, en commençant tout simplement par le commencement, le mot "évangile" n'est que la simple transcription d'un mot grec qui signifie "bonne nouvelle", que l'on peut aussi interpréter : "la nouvelle du bonheur". De même quand je lis "je suis venu pour qu'ils aient la vie, et qu'ils l'aient en plénitude" (Jn 10,10), je comprends "je suis venu pour qu'ils aient le bonheur, et qu'ils l'aient en plénitude"; où encore quand je lis : "bon maître, que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle", je comprends "que dois-je faire pour parvenir au bonheur".

Il faudrait relire tout l'évangile avec cette grille, et en particulier les paraboles qui nous parlent du royaume : "le Royaume des cieux est semblable à …", c'est à dire "la recherche du bonheur est semblable à …"

Dès lors, toute la Bible, et en particulier l'Evangile, nous apparaissent comme le code, le chemin vers le bonheur : toi qui veux être heureux, voici LE chemin qui te mènera jusqu'au terme que tu désires atteindre. Ce chemin est sûr, car il a été emprunté en premier lieu par le Seigneur Jésus lui-même qui l'a vécu jusqu'au bout, sans jamais fuir ni biaiser et qui, au soir de sa vie, a témoigné qu'il avait bien atteint le but recherché : la plénitude de la joie (Jn17,3). Dès lors la Bible prend un intérêt nouveau pour moi, et je vais interpréter tous les événements de ma vie en fonction de ce nouveau code de lecture.

A la suite du Christ des foules d'hommes et de femmes on marché sur ce chemin de l'évangile devenu pour eux chemin du bonheur : "La joie, disait l'écrivain Paul Claudel, est le signe que la vie a réussi, elle est l'état normal du chrétien". Il rejoignait par là la parole célèbre de saint François de Sales : "un saint triste est un triste saint". Les saints, c'est à dire ceux qui ont vécu l'évangile jusqu'au bout, sont vraiment des vivants, des hommes et des femmes heureux; et ceux qui vivent en découvrant profondément le bonheur dans leur vie, ceux là sont saints, c'est à dire amis de Dieu. Ce chemin est aussi que propose par saint Benoît aux chercheurs de vie lorsqu'il écrit, au début de sa règle : "Le Seigneur se cherche un ouvrier, c'est pourquoi il lance cet appel à la foule : "Quel est l'homme qui veut la vie et qui désire connaître le bonheur ?"" C'est encore la voie expérimentée par Thérèse de Lisieux qui écrit : "Je comprends et je sais par expérience Que le royaume de Dieu est au-dedans de nous"; malgré ses grandes souffrances intérieures elle ne doutait pas de ce bonheur profond qui l'habitait.

Le bonheur est en nous, il suffit de savoir l'y chercher et l'y trouver.

Il est vrai que nous vivons dans un monde dur, un monde de violence : guerres tout près de chez nous, violence quotidienne, divorces, situations conflictuelles dans le travail, SIDA, accidents… mais cela ne date pas d'aujourd'hui : les guerres, les maladies et les épidémies, les catastrophes naturelles et les famines ont été le lot quasi quotidien des saints qui nous ont précédés; si donc nous attendons que tout l'environnement extérieur soit dans la paix pour connaître le bonheur, nous n'en ferons jamais l'expérience car il n'est pas le fruit des éléments naturels, mais un don de l'Esprit de Dieu. Et les signes de sa présence en l'homme sont " l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance" selon l'épître aux Galates.

La difficulté, c'est que nous confondons souvent bonheur et plaisir : le plaisir ne rend heureux que quelques instants, il est essentiellement passager et superficiel, plaisir de posséder, de commander, de plaire : quand l'un est épuisé, il faut absolument en trouver un nouveau, et c'est une quête où l'on s'épuise. Tout cela ne donne pas le bonheur : il est quand même étonnant que c'est dans nos pays développés et riches que l'on connaît le plus fort taux de suicides, surtout chez les jeunes. Quand on est heureux on ne se suicide pas. Force nous est donc d'en conclure que la possession de tous les biens que notre société hyper-développée nous fait sans cesse désirer davantage ne procure pas vraiment le bonheur aux hommes.

Tu veux être heureux ? et qui ne le veut ? Alors c'est pour toi que parle Jésus : Celui qui possède, celui qui rit, celui qui domine les autres, tous ceux là ne sont pas encore parvenus au bonheur et risquent même de ne jamais le découvrir s'ils n'acceptent pas d'aller au delà. Jésus nous apprend comment découvrir le bonheur même quand on n'a pas de part à toutes les richesses que donne le monde, quand on ne domine pas les autres, quand on n'est pas estimé, quand on est rien:

"Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux.

Heureux les doux, car ils posséderont la terre.

Heureux les affligés, car ils seront consolés.

Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux.

Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi." (évangile de saint Matthieu)

Comme tout homme le chrétien, est un chercheur de vie et de bonheur. Mais lui a découvert en Jésus Christ celui qui lui trace le chemin et l'invite à y marcher à sa suite; à chacun d'entre nous il dit : " Je suis le chemin, la vérité, la vie, je suis le chemin du bonheur, viens, et tu verras car celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière et la vie", et sa vie débouchera sur le bonheur auquel il aspire. "Votre tristesse se changera en joie, et votre joie, nul ne pourra vous la ravir."